Ceci n’est pas une histoire drôle, juste un témoignage, quelque chose d’important pour moi.


Il était une fois, un jeune homme amoureux (moi). C’était une relation de la vraie vie - Pas une romance à la Disney avec laquelle on a grandit. Il y avait des hauts, et des bas. Elle voulait un enfant. Et moi, en définitive, j’en voulais aussi. Et je savais qu’elle serait une super maman. Donc on a décidé de se lancer dans cette aventure ensemble.

Cette histoire ne se termine pas par “et ils vécurent heureux”.

C’était dur

À ce jour, je ne sais toujours pas vraiment comment on en est arrivé là. Tout ce que je peux dire, c’est que ça ne s’est pas bien passé.

C’était dur pour moi. De ne pas comprendre ses sentiments, de ne pas pouvoir aider.

Mais je ne peux même pas imaginer à quel point ça a été dur pour elle. La douleur, devoir me l’annoncer, appeler pour prendre ce genre de rendez-vous, la première visite avec le médecin, devoir attendre, l’acte en lui même, subir ce qui arrive après, un corps en vrac, et… vivre avec ça après.

La décision finale ne pouvait pas être la mienne

Dans une relation saine, essayer d’avoir un enfant est une décision qui se prend à deux. L’avortement ne l’est pas. Rien de tout ce qui se passe ne se passe dans mon corps. Point.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas en parler, ou que la responsabilité incombe à la femme (au contraire même). Je dis juste qu’il n’y pas moyen que la décision finale appartienne à quelqu’un d’autre qu’à la femme.

Je ne pouvais pas aider

Dans notre cas, il n’y a pas vraiment eu de débat. J’ai essayé de communiquer. De comprendre. D’aider.

Mais ça n’a pas marché. Je n’ai pas pu aider.

Ni avant, ni après.

Mais j’étais d’accord.

Tout ce que j’ai pu faire, c’est de la conduire à l’hôpital, attendre, et la ramener.

Après, j’ai essayé de “nous réparer”.

Mais je n’ai pas réussi.

Quelques mois plus tard, notre histoire se terminait.

Ça m’a prit beaucoup de temps d’en parler

Peut-être parce que c’était encore douloureux, peut-être parce que l’avortement reste un tabou, et je ne veux pas donner une image négative d’une personne que j’ai aimé, mais je n’en ai parlé personne pendant des mois.

La première fois que j’en ai parlé, c’était 6 mois après l’avortement, à mes amis les plus proches.

(Conseil d’ami, une excellente soirée, un peu arrosée, ce n’est pas le meilleur moment pour ce genre de discussion)

Il aura fallu 3 à 4 mois supplémentaires pour que j’en parle à mes parents et à mes soeurs. Je n’avais tellement pas envie d’en parler, que je leur ai écrit avant de me déconnecter pendant 4 jours, car je ne voulais pas faire face à leur réaction.

Des mois ont passé, et je pense que j’arrive à en parler aux gens importants de ma vie sans mettre tout le monde trop mal à l’aise.

En parler m’a aider à avancer.

Et maintenant je raconte ça ici. Parce que je pense que les 3 personnes qui lisent ça me connaissent assez bien pour savoir. Ou bien que le sujet les intéresse.

Ça touche pas mal de gens

Avant mon expérience, je n’avais entendu qu’une seule personne me parler de son avortement. Et ce n’était pas une histoire drôle.

Depuis que j’ai commencé à en parler, plusieurs femmes m’ont fait par d’un avortement. Et devinez quoi, ce n’est jamais une histoire drôle.

L’avortement, les difficultés à tomber enceinte, ou les grossesses qui se passent mal arrivent bien plus souvent que vous ne le pensez. Certainement à des gens proches de vous. C’est pas un handicap ou une tare. C’est juste un truc dont on ne parle pas pour plein de raisons personnelles. J’envoi plein d’amour à celles et ceux qui lisent ça et sont passés par là.

Je ne peux pas pardonner

Il y a un truc que je ne peux pas pardonner quand j’entend les histoires de ces femmes. C’est les mecs qui abandonnent la femme qu’ils ont mis enceinte face à l’avortement. C’est le cas de 50% des histoires que j’ai entendu. Et un de ces hommes est quelqu’un de très très proche de moi.

Je me déteste déjà de ne pas avoir pu plus aider. Mais je vous déteste encore plus de vous être enfui, et d’avoir laissé l’autre faire face à l’avortement sans votre soutient.

Si c’était arrivé en 2022 aux États-Unis, ça aurait été illégal

Si vous avez regardé les news ces derniers jours, vous avez probablement compris pourquoi je parlais de ça maintenant. Si c’était arrivé en 2022 dans certains états des États-Unis, tout ça aurait été illégal.

Ma copine aurait été une criminelle. Est-ce que l’avoir soutenu aurait fait de moi un complice ? Et bien tant pis, I take the blame.

C’est déjà assez difficile

L’avortement est difficile. Physiquement et moralement. Le rendre illégal, c’est le rendre encore moins sûr.

Mais pas seulement, c’est quelque chose qui reste dans un coin de l’esprit pendant des mois, peut-être toute la vie. Si c’est illégal, ça veut dire qu’on ne peut pas en parlé et se sentir et sécurité, de trouver l’aide et le soutient dont on a besoin.

Une dernière note

Si tu es un mec qui lit ça, occupe-toi de ta contraception. Ce n’est pas qu’une question d’avortement. C’est une question de respect et d’égalité. Parles-en ! La contraception n’est pas que l’affaire des femmes.

L’avortement, ce n’est pas la contraception.

Des dizaines d’années de pillule ne sont pas sans effet sur le corps, et n’empêchent pas les MST (Et, fais-toi tester. C’est gratuit en France. C’est fou le nombre de mecs autour de moi qui ne l’ont jamais fait).

Et la vasectomie existe si tu ne veux vraiment pas d’enfants, c’est sans impact sur la santé ou la vie sexuelle.


🤍

Mes DM sont ouverts


PS: Oh, et je vais bien